Nourrice (nom féminin, subst. féminin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Nom féminin 

XII e siècle. Issu du latin chrétien nutricia, proprement « celle qui nourrit, qui élève ».
1. Femme qui allaite un enfant et, plus souvent, femme dont le métier est d'allaiter l'enfant d'une autre. Le médecin a recommandé une pour cet enfant. Mettre, placer un enfant en , le confier de façon permanente à une hors de chez soi. Aujourd'hui, le mot désigne surtout une femme dont le métier est de garder chez elle, durant la journée, des enfants en bas âge. Déposer un enfant chez sa . Expr. Épingle de , voir . Vieilli. Nourrice sèche, qui élève un enfant sans l'allaiter (par opposition à Nourrice au sein ). Les mois de , le temps qu'un enfant est resté en . Fam. et iron., à propos d'une personne qui veut se rajeunir. Cette femme se donne quarante ans, mais elle ne compte pas les mois de . Se dit aussi de la femelle d'un animal, lorsqu'elle allaite d'autres petits que les siens. La chèvre Amalthée servit de à Zeus. Par. ext. Ouvrière qui, dans une communauté d'abeilles ou de fourmis, nourrit les larves, les nymphes et prend soin des œufs.
2. Canalisation de fort diamètre servant de réservoir et alimentant plusieurs conduits. Dans une automobile, récipient de secours contenant de l'essence.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

Mère qui allaite son enfant. "Elle a été la de tous ses enfants."
Il se dit aussi d'une Femme qui allaite l'enfant d'une autre. "Le médecin a recommandé une pour cet enfant."
"Mettre un enfant en ," Le donner à une hors de chez soi. "Retirer un enfant de ," Le retirer de chez la .
"Cet enfant a été changé en ," La l'a substitué à celui qu'elle avait reçu des parents.
Prov., "Il faut qu'il ait été changé en ." Voyez CHANGER.
"Les mois de ," Le temps qu'un enfant est resté en . Il se dit, familièrement et par plaisanterie, en parlant des Personnes qui veulent se rajeunir. "Cette femme se donne vingt-cinq ans, mais elle ne compte pas les mois de ."
Fig., "Battre sa ," Attaquer les personnes ou les choses auxquelles on est redevable de son éducation, de sa fortune. "Les écrivains modernes qui attaquent les anciens sont des enfants qui battent leur ."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   Femme qui allaite l'enfant d'une autre.
LA FONT.: « Je ne sais qui fut ta ; Mais ton corps me paraît en merveilleux état »
MOL.: « C'est une fille de ma mère que j'ai mise à la chambre, et elle est toute neuve encore »
SÉV.: « Je trouve par hasard une femme de Sucy qui me dit qu'elle connaissait une admirable »
FLEURY: « Je ne vois que trois s dont il soit parlé dans l'Écriture, celle de Rébecca, celle de Niphiboset, et celle de Joas, roi de Juda »
VOLT.: « Des mères qui.... ont laissé le soin de la première enfance de leurs filles à des s étrangères »
D'ALEMB.: « Ah ! ma pauvre , vous qui avez eu tant de soin de mon enfance, qui m'avez mieux aimé que vos propres enfants, vous avec qui j'ai passé vingt-cinq années les plus douces de ma vie »
    Mettre un enfant en , le donner à une hors de chez soi.
    Retirer un enfant de , le retirer de chez la .
    Changer un enfant en , substituer un autre enfant en place de celui qui a été remis à la .
J. J. ROUSS.: « Y a-t-il au monde un honnête homme qui n'eût horreur de changer l'enfant d'un autre en ? »
    Un enfant a été changé en , la l'a substitué à celui qu'elle avait reçu des parents.
    Son enfant a été changé en , la a remplacé l'enfant de cette mère par un enfant étranger.
    Fig. Il faut qu'il ait été changé en , se dit d'un enfant qui ne ressemble point à ses parents pour les traits, pour le caractère.
    On dit dans le sens opposé : il n'a pas été changé en .
SÉV.: « Il y a ici une petite Mme de N***, qui n'y entend pas tant de finesse ; elle est belle et jeune ; elle est de la maison de M*** et n'a point été changée en »
    Mois de , le temps pendant lequel un enfant est en , et qui se compte par mois, parce que c'est par mois que la nourriture se paye ordinairement. Cette expression est surtout employée par moquerie quand une personne veut se rajeunir : J'ai vingt-deux ans à peine....- Sans compter les mois de .
    Fig. Battre sa , attaquer les choses ou les personnes auxquelles on est redevable de son éducation, de sa fortune.
LA BRUY.: « Quand l'on est auteur, et que l'on croit marcher tout seul, on s'élève contre eux [les anciens], on les maltraite, semblable à ces enfants drus et forts d'un bon lait qu'ils ont sucé, qui battent leur »
VOLT.: « Dans une critique qu'on a faite à Londres du discours de M. de Fontenelle, on a osé avancer que Descartes n'était pas un grand géomètre ; ceux qui parlent ainsi peuvent se reprocher de battre leur »
    On dit dans le même sens : mordre le sein de sa .
LA BRUY.: « Il [le prince d'Orange] a montré de bonne heure ce qu'il savait faire, il a mordu le sein de sa : elle en est morte, la pauvre femme ; je m'entends, il suffit »

 2   Nourrice sur lieu, femme qui allaite un enfant dans la maison de la mère.

 3   Mère qui allaite son propre enfant.
PASC.: « Malheur à celles qui sont enceintes ou s en ce temps-là [lors de la désolation de Jérusalem] ! »
J. J. ROUSS.: « Comme la véritable est la mère, le véritable précepteur est le père ; qu'ils s'accordent dans l'ordre de leurs fonctions ainsi que dans leur système »

 4   Fig. Ce qui entretient, alimente.
MARMONTEL: « La mémoire est la du génie ; pour peindre le malheur, il n'est pas besoin d'être malheureux, mais il est bon de l'avoir été »
    Il se dit d'une province qui fournit à une ou plusieurs villes de quoi se nourrir. La Normandie est la de Paris.

 5   Fig. Ce qui, dans certaines professions, procure le plus de gain (sens qui vieillit). Les maladies chroniques sont les s des médecins.

 6   Jument qui allaite.
    Se dit des abeilles qui ont pour emploi de soigner les oeufs et les larves.

HISTORIQUE
    XIIème siècle
BENOIT: « Terre norrice, par tanz, De chevaliers pruz e vaillanz »
     Rois, p. 135: E sa nurrice prist l'enfand, si s'en fuid
     Grégoire le Grand, p. 39: Une norisse [il] a demandée Por l'enfant norir, e louée
     Brut, ms. f° 50, dans LACURNE: Roy voudrent [ils voulurent] faire, sy doubterent, Le quel des vallez [jeunes enfants] roy feroient ; Petit erent [ils étaient petits], et poy savoient, Encore estoient à
    XIIIème siècle
BEAUMANOIR: « Nourrices poi curieuses [soigneuses] ont mis maint enfant à mort »
BEAUMANOIR: « Il li avoit convent [fait promesse] qu'il metroit l'enfant à norrice et en bon liu »
    XVème siècle
COMM.: « Et luy sembloit que le connestable estoit cause et vraye de ceste guerre »
     Perceforest, t. III, f° 130: Sachez que l'on dist que amour de mere est plus grande que amour de
    XVIème siècle
M. DUBELLAY: « Par la louange de vertu, sont les cueurs nobles aiguillonnez et resveillez »
MONT.: « Si vous estiez mort en »
MONT.: « Cette communication, de l'amitié »
LEROUX DE LINCY: « De grosses s aulcunes fois moins de lait »
LEROUX DE LINCY: « Les s peuvent bien dormir, les enfants s'esbatent »
COTGRAVE: « Un en bon point de »
CHOLIÈRES: « Peut-estre vous feroit on accroire que vous avez depucelé une »

ÉTYMOLOGIE
    Provenç. nuirissa, noyrissa, noirissa ; du lat. nutritia, de nutrire, nourrir. On serait tenté de le tirer de nutricem ; mais les noms en icem (i accent long) donnent is, et non pas ice : imperatricem, empereïs ; la forme en ice dans les mots qui dérivent de mots en icem est moderne.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE NOURRICE. Ajoutez :

 7   Nourrice sèche, qui n'a point de lait, et qui élève les enfants au biberon et en leur donnant à manger, Journ. offic. 12 janv. 1876, p. 335, 1re col.

 8   Terme de zoologie. Nom, dans la génération alternante, de l'individu qui, né d'un parent, ne lui ressemble pas, mais est destiné à produire par génération agame une progéniture semblable au premier parent et à mourir sans prendre les caractères de ce dernier.

 9   Compartiment qui termine la série des chauffoirs, Enquête sur les sels, 1868, t. I, p. 510


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


Femme qui allaite l'enfant d'une autre. "Bonne . La du prince. Sa mère . Des contes de ."
Il se dit aussi d'Une mère qui allaite son propre enfant. "Elle a voulu être la de son dernier-né. Elle a été la de tous ses enfants."
"Mettre un enfant en ," Le donner à une hors de chez soi. "Retirer un enfant de ," Le retirer de chez la .
"Cet enfant a été changé en ," La l'a substitué à celui qu'elle avait reçu des parents. On le dit aussi De l'enfant qui a été remplacé. "Cette mère est désolée, elle croit que son enfant a été changé en ."
Prov., "Il faut qu'il ait été changé en ," se dit D'un enfant qui ne ressemble point à ses parents, pour les traits, pour le caractère. On dit, dans le sens opposé, "Il n'a pas été changé en ."
Prov. et fig., "Battre sa ," Attaquer les choses ou les personnes auxquelles on est redevable de son éducation, de sa fortune. "Les écrivains modernes qui attaquent les anciens, sont des enfants qui battent leur ."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit figurément d'Une province qui fournit à une ville, à un pays de quoi subsister. "La Sicile était la de Rome."
Il se dit aussi, figurément et familièrement, Des choses qui, dans certaines professions, procurent le plus de gain. "Les maladies chroniques sont les s du médecin. Il y a certaines questions de droit qui sont les s des gens de palais." Il est vieux dans ce sens.



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Subst. féminin 


Femme qui allaite un enfant qui n'est pas le sien. "Bonne . La du Prince. Sa mère . Des contes de ".
On dit d'Une mère qui allaite son enfant, qu'"Elle a voulu en être lanourrice".
On dit, "Mettre un enfant en , " pour dire, Le donner à une nour rice hors de chez soi pour le nourrir; "Retirer un enfant de ," pour dire, Le retirer de chez la , le sevrer.
On dit, qu'"Un enfant a été changé en" "nourrice," pour dire, que Chez la il a été mis à la place d'un autre.
On dit aussi proverbialement d'Un enfant dont les moeurs ne répondent pas à sa naissance, qu'"Il faut qu'il ait été changé en ". Et au contraire on dit d'Un enfant qui a beaucoup des traits et de l'humeur de ses parens, qu'"Il n'a pas été changé ennourrice".
On dit, qu'"Une Province est la d'une Ville, d'un Pays," Quand elle lui fournit de quoi subsister. "La Sicile étoit la de Rome".
On dit figurément et familièrem. De certaines questions de Droit, qu'"Elles sont les s du Palais," parce qu'elles alimentent la chicane en occasionnant beaucoup de procès.



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Subst. féminin 


Femme qui allaite un enfant qui n'est pas le sien. "Bonne . La du Prince. Sa mère ."
On dit d'Une mère qui allaite son enfant, qu'"Elle a voulu en être la ."
On dit, "Mettre un enfant en ," pour dire, Le donner à une hors de chez soi pour le nourrir. "Retirer un enfant de ," pour dire, Le retirer de chez la , le sevrer.
On dit, qu'"Un enfant a été changé en ," pour dire, que Chez la il a été mis à la place d'un véritable enfant.
On dit aussi proverbialement d'Un enfant dont les moeurs ne répondent pas à sa naissance, qu'"Il faut qu'il ait été changé en ." Et au contraire on dit d'Un enfant qui a beaucoup des traits & de l'humeur de son père, qu'"Il n'a pas été changé en ."
On dit, qu'"Une Province est la d'une ville, d'un pays," Quand elle lui fournit de quoi subsister. "La Sicile étoit la de Rome. La Normandie est la de Paris."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. féminin 

NOURRICIER, s. m. et adj. NOURRIÇON ou NOURRISSON, s. m. [Le second est le plus usité. "Pluche" écrit "Nourice", "nourir", avec une seule "r", et "Nourissier" avec deux "s", au lieu du "c". M. de "Bougainville", dans l'"Anti-Lucrèce", met 2 "r" et 2 "s": "Nourrissier". Cette ortographe n'est pas comune.] "Nourrice", femme qui alaite un enfant qui n'est pas le sien. "Nourricier", le mari de la Nourrice. "Nourrisson", enfant qui est en . 'C'est sa "nourrice"; sa mère "nourrice"; son "nourricier"; son père "nourricier". 'C'est "une" bone "nourrice": elle ne manquera pas de "nourrissons".
   "Nourrice" est beau au figuré.
   Cette auguste cité, souveraine du Monde,
   Mère des conquérans, " des" héros.
       "Bréb."
On dit qu'~ un enfant "a été changé en ", pour dire que chez la Nourrice, il a été mis à la place du véritable enfant qu'on lui avait confié. De là l'expression proverbiale: il "a été changé en "; Ses moeurs ne répondent pas à sa naissance: il "n'a pas été changé en "; il ressemble à son père pour la figûre et pour le caractère. = On dit, d'une Province, qu'elle est "la d'une" Ville, "d' un" Royaume, lorsqu'elle lui fournit des denrées pour sa subsistance. 'L'Égypte, la Sicile étoient "les s de" Rome.
- "Batre sa "; être ingrat envers son bienfaiteur. (St. fig. famil.) 'Voilà les obligations que nous avons à "Descartes". Reconoissons-les, de peur qu'on ne nous acuse "de battre notre ". Gr. Hom. Veng.
   "Nourricier", au figuré, se dit de celui qui fait d'abondantes aumônes. 'C'est "le père nourricier" des Pauvres. = Il s'emploie adjectivement, apliqué aux chôses. Le "suc nourricier", dont les plantes se nourrissent. On le dit aussi de la partie des alimens qui nourrissent les animaux. Voy. "Nourrissant"
   "Nourrisson", en style poétique, élève. Les Poètes sont apelés "les nourrissons des Mûses". Et "Fénélon" nome "Télémaque", le jeune "nourrisson de Minerve".



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. féminin 


Femme qui nourrit un enfant en luy donnant à teter. "Bonne . la du Prince. sa mere ".
On dit, "Mettre un enfant en ," pour dire, Le donner à une hors de chez soy, pour le nourrir, "Retirer un enfant de ," pour dire, Le retirer de chez la , le sevrer. Et qu'"Un enfant a esté changé en ," pour dire, que La l'a supposé en la place du veritable.
On dit, qu'"Une Province est la d'une Ville, d'un Pays", quand elle luy fournit dequoy subsister. "La Sicile estoit la de Rome. La Normandie est la de Paris".




Emplacement dans le dictionnaire :

nouille
nouilles
noulet
noumène
nounou
nounou
nounours
nourrain
nourri

nourricier
nourrir
nourrissable
nourrissage
nourrissant
nourrissement
nourrisseur
nourrisson
nourriture
nous
nouure




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...longs châles de deuil et leur petites coiffes lisses ; les yeux à terre, silencieuses, passant au milieu de ce bruit de vie, comme un avertissement noir. Et là tout près, la mer toujours, la grande nourrice et la grande dévorante de ces générations vigoureuses, s'agitant elle aussi, faisant son bruit, prenant sa part de la fête... de toutes ces choses ensemble, Gaud recevait l'impression confuse....


Citation n°2 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...jamais. Une nuit d'août, là-bas, au large de la sombre Islande, au milieu d'un grand bruit de fureur, avaient été célébrées ses noces avec la mer. Avec la mer qui autrefois avait été aussi sa nourrice ; c'était elle qui l'avait bercé, qui l'avait fait adolescent large et fort, -et ensuite elle l'avait repris, dans sa virilité superbe, pour elle seule. Un profond mystère avait enveloppé ces noces...


Citation n°3 de René BOYLESVE (La Leçon d'amour dans un parc)

...volonté, honorer de leur sympathie quelqu'un des hôtes du château de Fontevrault, de ne point encore se décourager. Jacquette commença par vider très gloutonnement les grosses bonbonnes que sa nourrice, Marie Coquelière, -cette grosse femme qui craignait le sorcier Cornebille et qui a accouché une seconde fois depuis que nous avons parlé d'elle, -tirait à discrétion de son corsage ; et elle...


Citation n°4 de René BOYLESVE (La Leçon d'amour dans un parc)

...château. Ah çà ! Est-ce qu'il va falloir que je vous décrive le château ? Croyez-moi, rien n'est plus fastidieux et plus inutile. Tout ce que je puis vous dire, c'est que, lorsque Jacquette et sa nourrice allaient au bac d'Ablevois, elles apercevaient, par-dessus une forêt d'arbres, l'extrémité pointue d'une vieille tour accommodée en colombier et surmontée d'un épi de terre cuite ; et l'on avait...


Citation n°5 de René BOYLESVE (La Leçon d'amour dans un parc)

...des rosiers, et, à l'horizon, une ville de la dimension d'un écu ; lorsqu'il avait plu, on eût pu compter les peupliers sur la ligne nette des coteaux de Saumur. Ou bien, au bras solide de la nourrice, elle se penchait aux lucarnes et regardait au-dessous d'elles les pages jouant à la paume sur la terrasse. On entendait leurs cris et la marquise qui les appelait par leur nom pour leur essuyer le...


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